Le matériel, les nœuds et les appâts
Le bon matériel n'est pas le plus cher : c'est celui qui correspond à votre pêche, qui survit au climat tropical, et que vous savez réparer au bord de l'eau. Cette partie équipe le lecteur en quatre chapitres : choisir, nouer, appâter, entretenir.
Chapitre 1 : Choisir son matériel pour les eaux ivoiriennes
Le principe : trois ensembles couvrent tout
Inutile de posséder dix cannes. Trois ensembles bien choisis couvrent la quasi-totalité des pêches de ce livre. L'ensemble léger : canne de 2,4 à 2,7 mètres, puissance 10 à 40 grammes, moulinet 2500 à 4000, pour la lagune, le lancer du bord et la pirogue. L'ensemble du bord renforcé : canne de surf ou de digue, moulinet 6000 à 8000, pour le surfcasting et la digue. L'ensemble mer : canne courte et puissante, moulinet robuste taille 8000 et plus ou moulinet à tambour tournant, pour la palangrotte profonde, le jigging et la traîne. Le pêcheur qui débute commence par le premier ; le passionné finit avec les trois.
Tresse ou nylon ?
Le nylon pardonne : élastique, bon marché, discret, il encaisse les coups de tête et les erreurs de frein. La tresse transmet : fine, sans élasticité, elle fait gagner de la distance, du contact et de la capacité de bobine, mais exige un bas de ligne et un frein bien réglé. Règle pratique pour nos eaux : nylon pour débuter et pour les pêches à appât posé, tresse pour les leurres, le jigging et la palangrotte profonde. Dans tous les cas, le soleil tropical vieillit vite le nylon : contrôlez-le souvent, changez-le sans état d'âme.
L'armement du bout de ligne
C'est au bout de la ligne que se gagnent les poissons ivoiriens. Bas de ligne fluorocarbone de 40 à 100 centièmes selon la cible, acier souple dès que barracudas et thazards rôdent, émerillons à agrafe de qualité (les premiers prix s'ouvrent sur un poisson sérieux), hameçons forts de fer : la corrosion et les mâchoires locales éliminent les hameçons fins en une saison. Achetez les consommables en double : le second jeu attend dans le sac.
Acheter local, acheter malin
Les enseignes de pêche d'Abidjan progressent chaque année, et le marché de l'occasion entre expatriés et membres de clubs est actif. Pour le gros matériel spécifique (moulinets étanches, cannes de jigging), beaucoup complètent en voyage ou en ligne. La règle d'économie durable : mettez le budget dans le moulinet et les consommables, la canne pardonne davantage. Un moulinet moyen meurt en une saison d'embruns ; un bon moulinet rincé après chaque sortie dure dix ans.
Chapitre 2 : Les six nœuds qui suffisent
Six nœuds couvrent toutes les situations de ce livre. Apprenez-les chez vous, les mains propres et au calme : au bord de l'eau, dans le vent, à la frontale, on ne réussit que les nœuds qu'on connaît par cœur. Règle universelle : mouillez toujours le nœud avant de serrer, la chaleur du frottement tue le nylon.
1. Le nœud Palomar : attacher un hameçon ou un leurre
Le plus fiable des nœuds d'attache, et l'un des plus simples. Doublez la ligne, passez la boucle dans l'œillet, faites un nœud simple sans serrer, passez l'hameçon dans la boucle, mouillez, serrez. Résistance proche de 100 % du fil, y compris en tresse.

2. Le nœud cuiller amélioré (clinch renforcé) : l'attache rapide
Cinq tours autour du corps de ligne, retour dans la première boucle puis dans la grande boucle, mouiller, serrer. Rapide, connu de tous, parfait en nylon jusqu'à 50 centièmes. Au-delà, préférez le Palomar ou le nœud de raccord en boucle.

3. La boucle parfaite : montages et émerillons
La boucle dans laquelle tout s'accroche : émerillon, plomb, montage préparé. Un nœud simple, le bout repasse le long de la ligne, une boucle finale verrouille le tout. Sert aussi à préparer chez soi des bas de ligne prêts à boucler au bord de l'eau.

4. Le nœud d'empile (potence) : la palangrotte
Le nœud qui fait tenir une empile perpendiculaire à la ligne principale, sans vrillage : indispensable pour la palangrotte et le surfcasting à deux empiles. Une grande boucle dans la ligne, six à huit tours de la boucle sur elle-même, on passe la boucle dans le trou central, on serre : la potence se dresse d'elle-même.

5. Le nœud Albright : raccorder tresse et fluorocarbone
Le raccord des pêches modernes : la tresse fine rejoint le bas de ligne épais. Une boucle dans le fluorocarbone, la tresse entre dedans, dix tours serrés en remontant, retour dans la boucle, mouiller, serrer progressivement. Glisse bien dans les anneaux si on le soigne.

6. Le nœud de chirurgien : le dépannage universel
Deux fils côte à côte, deux nœuds simples passés ensemble, mouiller, serrer. Le moins élégant et le plus utile : il raccorde deux nylons en trente secondes, à la frontale, sous la pluie. Tout pêcheur l'a un jour béni.

Chapitre 3 : Appâts et amorces du Golfe de Guinée
Le meilleur appât ivoirien ne vient pas d'un rayon de magasin : il vient de la plage, de la lagune ou du marché. Ce chapitre fait l'inventaire des valeurs sûres, où les trouver, comment les conserver, comment les escher.
Les appâts de la plage et de la lagune
Les vers marins se récoltent à marée basse sur les estrans sableux et vaseux : cherchez les tortillons de sable, creusez vite. Esche universelle du surfcasting, fragile, à monter en accordéon sur hameçon fin de fer. Les petits crabes des plages et de la mangrove, durs au lancer et irrésistibles pour les dorades grises, les grogneurs et les capitaines : pêchés à la main au crépuscule, ils se gardent vivants dans un seau de sable humide. Les crevettes de lagune, achetées vivantes aux pêcheurs ou tamisées en bordure : entières et vivantes pour les beaux poissons, décortiquées pour la pêche fine. Les huîtres de palétuvier enfin, décrochées des racines de mangrove : chair molle à bien fixer, redoutable sur les poissons de fond lagunaires.
Les appâts du marché
Le marché aux poissons est la meilleure boutique d'appâts du pays. La sardinelle fraîche s'y achète au tas : entière en vif ou en mort posé pour les gros prédateurs, en tronçons pour la palangrotte, en filets pour le surf. L'ethmalose la remplace en lagune. Le calamar tient à l'hameçon comme aucun autre appât : lanières pour le fond, têtes pour les vivaneaux. Critère unique : la fraîcheur, œil clair et chair ferme, et la glacière commence au marché, pas au bateau.

Le vif
Le vif est l'appât roi des grands prédateurs : sardinelle ou ethmalose piquée sous la dorsale ou par le nez, sur un montage coulissant qui la laisse nager. Capturez vos vifs à l'épuisette ou à la ligne fine au petit matin, conservez-les dans un vivier aéré ou un seau renouvelé souvent : un vif mou est un appât mort. Barracudas, carangues, capitaines et mérous n'y résistent pas.

Les amorces
L'amorçage lagunaire reste artisanal et efficace : débris de crevettes, têtes de sardinelles pilées, son de blé ou tourteau du marché, mélangés avec la vase du poste. En mer, le broumé fait merveille pour fixer le poisson sous le bateau : sardinelles broyées distribuées par poignées régulières, jamais massives. La règle est la même partout : amorcer peu, amorcer souvent, et arrêter dès que le poisson est là.
Chapitre 4 : Survivre au climat, l'entretien tropical
Le sel, la chaleur et l'humidité ivoiriennes tuent le matériel plus sûrement que les poissons. La parade tient en une routine de dix minutes : rincer à l'eau douce après chaque sortie en mer, moulinets frein desserré, cannes anneaux compris ; sécher à l'ombre, jamais au soleil direct ; graisser légèrement axes et agrafes une fois par mois ; stocker dans un endroit ventilé, cannes debout ou suspendues, loin des housses humides qui fabriquent la rouille.
Les hameçons et les leurres vivent dans des boîtes compartimentées avec un sachet anti-humidité ; un hameçon piqué de rouille se jette, il cassera. Les nylons se stockent à l'obscurité : une bobine oubliée sur une étagère ensoleillée perd sa résistance en quelques mois. Avant chaque sortie, deux contrôles de trente secondes : le frein du moulinet (il doit glisser sans à-coups) et le dernier mètre de ligne (passez-le entre deux doigts, la moindre rugosité se coupe).
Le sac de base, quelle que soit la sortie
Au-delà des checklists par technique données en Partie III, un fond de sac ne quitte jamais le pêcheur ivoirien : pince multifonction et ciseaux, bas de ligne et hameçons de rechange, couteau, frontale et piles, crème solaire et chapeau, eau potable, pochette étanche pour téléphone et papiers, petit kit premiers soins (désinfectant, pansements, pince à échardes pour les épines de rascasse), et un sac pour ramener tous ses déchets. Tout tient dans cinq litres.